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Agnosie du miroir et hémiasomatognosie

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 17 / 07 / 2017 / Imprimer cette page

Enfants siamois soudés par le dos avec une seule jambe chacun. Schenck Johann Georg, 1609

Un patient de 58 ans présente depuis deux ans une désorientation spatiale : il se perd dans sa chambre la nuit, ne trouve pas la sortie du lit, apraxie de l’habillage (erreurs devant-derrière). Lorsqu’il met le couvert, l’assiette est souvent placée trop loin, décalée sur la gauche, ne voit pas le verre qu’il a sous les yeux. Il tient son couteau de la main droite et ne sait plus comment le faire passer dans la main gauche pour prendre sa fourchette. Il veut allumer sa cigarette mais il a déjà rangé le briquet, ou bien il a le briquet mais pas la cigarette. Sensation de présence intermittente sur sa gauche. Au moment de partir, il fait le geste de poser quelque chose sur le bureau.

Le médecin : « – Qu’est-ce que vous venez de faire ?

Le patient : – Je fais souvent ça. J’ai l’impression d’avoir quelque chose dans la main.

Sa femme : – Oui, il fait tomber tout ce qu’il tient dans sa main gauche.

– Par moment, j’ai l’impression que la tête de la personne en face de moi se dédouble. »

 

 

Revu 6 mois plus tard, sa femme décrit les faits suivants: « – Son bras droit est de plus en plus inexistant, il s’en occupe de moins en moins. Tout ce qu’il fait, il le fait à l’envers. Pour ouvrir une porte, il la pousse et il ne comprend pas pourquoi il ne peut pas sortir. L’autre jour, tu as dit que la porte était montée à l’envers. Pour s’habiller, il tourne les vêtements derrière-devant et il veut enfiler le haut au lieu du bas. C’est-à-dire qu’il essaye d’enfiler son polo par le col. Moi je lui présente les vêtements dans son sens et il me dit : ‘Oui mais si tu t’amuses à me mettre les choses à l’envers, je ne vais pas m’en sortir’. En fait, il croit que c’est moi qui lui mets à l’envers pour l’embêter. L’autre jour il a passé une nuit épouvantable parce qu’il était perdu dans le lit. Il était tout entortillé dans les draps. Depuis quelques temps, il commence à raser le miroir. La première fois, il ne s’en n’est pas rendu compte, c’est moi qui suis venue parce que j’entendais un drôle de bruit, et quand je suis arrivée, il était en train de raser le miroir. Je lui ai demandé ce qu’il faisait, il m’a dit : Je me rase. Je lui ai dit : Oui, mais là ça va pas le faire parce que ce n’est pas toi que tu rases, c’est ton reflet. Il n’a jamais compris comment il fallait faire pour se raser lui, il est toujours parti dans ce miroir. Comme s’il se rasait mais dans le miroir. »

 

 

IRM et TEP 18 FDG : atrophie corticale postérieure avec hypométabolisme prédominant à gauche

Le médecin : – Vous avez le sentiment d’être de l’autre côté ?

Le patient : – Voilà. J’ai l’impression d’être à l’envers. La première personne que je vois, c’est le renversé de celle d’en face.

– Vous êtes où ? Là ou de l’autre côté ?

– Je suis devant la glace mais à l’envers.

Sa femme : – Il va chercher devant en fait, comme si il était en face de lui-même. Il est tourné dos au miroir, il tourne le dos au miroir. Le miroir, c’est lui qui est à ta place ?

Le patient : – Oui, comme si je me voyais dans le miroir mais à l’envers.

Le médecin : – Le reflet qui est face de vous, c’est vous ?

Le patient : – C’est moi, j’y suis aussi. C’est la même personne que moi mais pour moi ce n’est pas la même.

Sa femme : – En fait, il se croyait à la place du miroir et lui-même dans le miroir. Il a cru que celui qui est dans le miroir était le vrai et que l’autre, enfin lui, n’était pas lui : c’était le miroir.

Le patient : – Des fois ça m’arrive de taper dans la glace… ça me fait rigoler. Je me dis : qu’est-ce que je fais encore ?

Le médecin : – Vous n’avez pas le sentiment qu’il y a une vitre ?

– Non, j’ai l’impression d’être à l’envers quoi. Au lieu de diriger le rasoir vers moi, je le mets devant, donc je rase la glace.

Sa femme : Croyant que c’est toi… enfin c’est toi.

Le médecin : – Mais vous êtes où ?

Le patient : – Je suis devant la glace mais à l’envers, comme si je me voyais dans le miroir mais à l’envers.

– Mais si le vrai, c’est celui qui est en face, vous vous êtes qui alors ?

– Ben je me le demande, ça c’est sûr.

– Vous vous demandez quoi ?

– Je me demande qui est comme moi en face de moi quoi. Pourquoi il y a mon image dans le miroir alors que je suis ailleurs.

– Parce que ce reflet vous semble réel ?

– Ah oui !

– Comme vous-même ou comme un double ?

– Non, comme si c’était moi. »

 

Figure 1 : Enfants siamois soudés par le dos avec une seule jambe chacun ; Schenck Johann Georg. Monstrorum historia memorabilis, monstrosa humanorum partuum miracula… Francfort : M. Becker, 1609. http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?21276 

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