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Dreamy state : hallucinations mnésiques, étrangeté et déjà vécu

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 31 / 08 / 2017 / Imprimer cette page

Une femme de 61 ans présente depuis deux mois des absences, hallucinations (sentiments que des gens sont cachés dans sa maison), pense que ses parents sont vivants, qu’elle est toujours en activité, pense être à un endroit puis à un autre, confond le rêve et la réalité, discours confabulatoire en rapport avec une reconstruction en temps réel des souvenirs, sentiment de perdre pied avec la réalité (déréalisation) source d’une grande angoisse ne sachant pas si ce qu’elle vit est réel ou pas. Persuadée que son mari l’attend dans la salle d’attente, elle me propose d’aller le chercher. Quitte la salle de consultation et se perd en chemin. La secrétaire la ramène. En rentrant, elle ne me reconnaît pas : « Non ce n’est pas ici. C’était un long couloir avec un médecin noir et un appareil au fond. Mais je vois mon dossier donc je dois me tromper ». Finalement, se souvient que je lui avais demandé d’aller chercher son mari dans la salle d’attente : « Je pensais que mon mari m’avait emmené mais ça doit être faux également ». Dit à présent qu’elle savait très bien que ce n’était pas lui qui l’avait emmenée. Elle est allée voir « au cas où il serait là ». « Non c’est mon neveu qui m’a emmenée. Après, si c’est mon neveu ou mon frère, je ne peux pas vous dire ». Plus tard, dit que non, elle n’y est pas allée parce qu’elle savait qu’il n’était pas là mais qu’elle avait peur d’être déçue.

 

Le médecin : « – Qu’est-ce qui s’est passé ?

La patiente : – Vous m’avez demandé d’aller le chercher et je vous ai dit : non je n’y vais pas parce qu’il n’est pas là. Et je pense que j’ai dit non parce que j’avais peur d’être déçue qu’il n’y soit pas. C’était simplement une négation qui venait d’une panique à l’idée de ne pas le voir, d’être déçue qu’il n’ait pas répondu à mon appel.

– En fait vous y êtes allée ?

– Je n’y suis pas vraiment allée puisque vous m’en avez empêchée.

– Moi je ne vous ai pas empêchée d’y aller ! Vous y êtes allée dans la salle d’attente ?

– Oui dans la salle d’attente simplement : pas plus loin.

– Et qu’est-ce qui s’est passé quand vous êtes revenue, quand la secrétaire vous a ouvert la porte ?

– Eh bien la secrétaire a dit qu’il ne pouvait pas y avoir quelqu’un ici de toute façon… qu’il y avait personne, c’est ça ? Ça voulait dire que mon attente était forcément déçue.

– Elle a dit quoi la secrétaire ?!

– Qu’il y avait personne. Je suis persuadée d’avoir vu mon mari alors que je ne l’ai pas vu. Là je vois mon mari. Je le vois dans la salle d’attente, je suis persuadée qu’il est là »

 

« Est-ce moi qui pense ou quelqu’un qui pense à ma place ? Je ne suis pas sûre d’être à l’origine de ce qui se dit. Y-a-t-il une relation véritable entre la pensée et la parole ? Est-ce que je suis parfaitement responsable de ce qui traverse mon esprit ou est-ce qu’il n’y a pas parfois des pensées qui se glissent en moi et qui n’ont rien à voir avec ce que je pense ? Ce n’est pas moi, ce n’est pas moi qui pense ça, ce n’est pas moi qui dis ça. Est-ce ma propre identité ou celle de quelqu’un d’autre ? Je suis toujours dans la recherche perpétuelle d’une correspondance entre la réalité et un gros mensonge qui ferait que je n’existe plus. J’ai un sentiment de fausseté absolue. J’ai l’impression de plus en plus de ne pas exister, je n’existe que pour moi, l’essentiel n’existe pas. Je me dis que si je n’existe plus, ça ne sert à rien de continuer à faire semblant d’exister. J’ai l’impression d’être dans un endroit qui n’existe pas vraiment, qui est construit de toute pièce. Je sais que non mais je peux me dire que je l’ai vu. Comment je peux être sûre que ce que je donne à voir, c’est bien de moi qu’il s’agit ? J’ai toujours l’impression que ce que je vis n’appartient pas à la réalité. Je ne sais jamais si ce que je viens de vivre, je l’ai rêvé ou si ça appartient à la réalité. A la limite, qu’est-ce qui me dit que le moment que nous vivons ensemble appartient bien à la réalité ? La scène qui est en train de se passer, dans une heure je peux me dire que je l’ai rêvée complètement. L’autre jour j’ai cru que j’avais vécu deux matins. C’est à dire qu’il s’est passé certaines choses, on a dit certaines choses le premier matin, et puis ce qui aurait dû être terminé, et puis nous aurions dû aller à une soirée le soir, nous n’y sommes pas allés et ce qui s’est produit après, ce n’est même pas le soir, c’est un autre matin qui a recommencé exactement pareil, c’est-à-dire que mon mari avait accès à ce dont moi j’avais accès moi-même, il était plus proche de moi mais c’est pas pour ça qu’on a pu mieux se comprendre. »

 

 

IRM et TEP : Hypersignal et hypermétabolisme temporal interne prédominant à gauche.

Le dosage des anticorps anti-Hu est positif. Le bilan met en évidence une masse médiastino-pulmonaire droite. L’examen anatomo-pathologique confirme un carcinome neuroendocrine à petites cellules. On retrouve au PET-scan un hypermétabolisme de la masse hilaire droite et un foyer hypermétabolique de la région temporale interne gauche. L’EEG met en évidence un foyer fronto-temporal bilatéral à prédominance gauche. On conclut au diagnostic d’encéphalite limbique paranéoplasique. Sur le plan clinique, il s’agit d’hallucination psychiques associées à des phénomènes de déréalisation et de déjà vécu dans le cadre d’une épilepsie temporale (dreamy state). Le traitement par immunoglobulines intra-veineuses a permis une amélioration partielle des symptômes.

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