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Archives du mois : juin 2019

Le Moi et le Chat

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 12 / 06 / 2019 / Imprimer cette page
Autoportrait 1

Une femme de 73 ans, professeur de lettres et peintre, présente des troubles cognitifs depuis 1 an : oubli des faits récents, désorientation, confusions d’identité, hallucinations, sensation de présence sur sa gauche qu’elle identifie comme sa sœur, sensations de passage et rêves animés. Tendance à serrer à droite au volant, apraxie de l’habillage. MMSE 18/30, BREF 19/30, dysmnésie d’évocation, fluctuations attentionnelles, déficit des fonctions exécutives, apraxie constructive. Dans la salle d’attente, elle se lève à l’appel du voisin. Sur la consigne de se dessiner, elle rajoute une tête et un corps sur son bras gauche, s’étonne et lui ajoute des moustaches et une queue pour faire un chat.

La patiente : « Il y a des fois j’ai quelqu’un… j’ai la sensation qu’il y a quelqu’un qui… qui est à côté  de moi (regarde son mari) mais je ne suis pas forcément contente qu’il soit là ou qu’elle soit là… C’est une présence que je n’avais pas prévue. La première fois que ça m’est arrivé, j’ai dit : Tiens ça vient du côté gauche. Pourquoi ?

Le médecin : — Donc c’est sur votre gauche?

— Oui c’est sur ce côté juste à la hauteur de la personne que j’aide à marcher.

— Quelle personne vous aidez à marcher ?

— Ben… oui c’est bizarre. Elle me tient la main. Je pense qu’elle n’est pas capable de se diriger toute seule ou tout seul.

Elle vous tient la main ou vous lui tenez la main ?

— Ben oui je ne sais pas. Je m’appuie sur ce bras gauche, donc je peux changer de bras en me disant que la présence a bougé, donc maintenant je ne suis plus celle qui me tient… à qui je tiens le bras… mais c’est quelqu’un qui se tient. C’est quelque chose que je ne peux pas expliquer et qui m’encombre d’une certaine façon.

— Vous l’identifiez comment ?

— C’est une fille à peu près comme moi, c’est quelqu’un que j’ai vu beaucoup autrefois et qui s’est éloignée… Je veux dire au bout de trois ou quatre ans de connaissance, je me suis aperçue que je ne m’entendais pas du tout avec elle donc j’ai arrêté de communiquer.

Son mari : — Elle ressemble un peu à ta sœur.

La patiente : — Oui c’est vrai. Ma sœur est morte et on se disait : Il faut que tu marches, que tu actives, que tu t’actives.

Le médecin : — Mais vous lui parlez alors ?

— Alors en fait, moi je suis assise ou couchée et je l’interroge… même si c’est pas vraiment interroger… c’est une espèce… pas de confession mais… tout à coup je me réveille et je me dis : Bon on arrête le cinéma, tu l’as déjà rabâché et je le rabâche même pas mais je l’ai dans l’esprit, voilà. (Se tourne vers son mari). Parce que toi t’es quelque fois là ? Tu as quelque fois la présence ? C’est pas systématiquement…

Son mari : — Quand tu mets le couvert pour trois, tu penses à qui ?

La patiente : — Ben justement tu me donnes… tu donnes à toi… si tu manges en même temps que moi… mais que je tu me parles matériellement donc bon si tu me parles en même temps que moi… je vais essayer de m’introduire dans ta conversation, c’est pas toujours facile, tu aimes bien intervenir dans ce que je dis…

Le médecin : — Vous avez des sensations de passage ?

— Alors ça pour le coup, c’est une sensation que j’ai souvent. On se ballade et tout à coup, qu’est-ce qu’on voit débouler ? Une chatte avec ses petits. Là aussi c’était une mère qui donnait la main à son petit… qui donnait la main !… je veux dire la patte… c’est idiot mais… »

Autoportrait 2

Commentaire de l’autoportrait réalisé 6 mois plus tard : « Là j’ai les bras qui sont en forme de berceau, comme un berceau que je suis en train de bercer en fait, je berce le bébé, le bébé qui est en train de se faire donc forcément il n’est pas encore fini. J’ai toujours eu peur de ne pas finir les bébés. On dirait un début de bébé comme si j’avais perdu un enfant alors que ce n’est pas vrai. Il n’est pas normal ce bébé, il a une tête d’adulte. Je ne sais pas si je suis responsable de cette malformation, une malformation mentale, je ne pense pas du tout à une déformation physique. Mais on sait qu’il n’est pas normal. Il y en a deux pour un. Le corps il se ferme, il est comme celui de la mère, il est dans le prolongement de celui de la mère, alors qu’on a jamais sorti un bébé de dessous les épaules ! — Vous avez transformé votre bras en bébé. — Voilà… Ah non ! Pas en bébé comme ça… Je l’ai transformé tout seul… C’est d’avoir un bébé moi qui m’intéresse, c’est pas d’avoir un gros bras. Mais quand je porte une charge, j’ai peur de me retrouver avec le bras dix centimètres plus long ».

IRM et TEP : atrophie et hypométabolisme diffus prédominant à droite

Cette patiente présente une impression de présence et des sensations de passage (phénomènes primaires) dans le cadre d’une probable maladie à Corps de Lewy. L’incohérence du récit semble ici étroitement liée à l’instance de discours : le contenu des hallucinations ne peut être séparé de l’instabilité du sujet marquée par les changements incessants de pronoms personnels (Benveniste, 1966 ; Barthes 1985).

Benveniste E (1966). Problème de linguistique générale I & II, Gallimard. Pp 67 et 79.

Barthes R. (1985). « Introduction à l’analyse structurale des récits » in L’aventure sémiologique. Editions du Seuil, p. 167.

Héautoscopie et scission de l’image du corps

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 7 / 06 / 2019 / Imprimer cette page

Une femme de 56 ans présente des troubles cognitifs depuis deux ans : rond-point à l’envers, serre à droite, erreurs d’orientation. Agraphie et alexie spatiale, négligence gauche. Apraxie de l’habillage, apraxie gestuelle. Sensation de présence sur sa gauche qu’elle identifie comme son double. Trouble d’identification de sa main gauche, confusion avec celle d’autrui. Confusion entre la télévision et la réalité. Voit un chien sur son lit. S’assoit à la place du médecin.

« J’ai l’impression que la main n’est pas normale, qu’elle est difforme, il manque les doigts, on dirait un moignon. Quand mon mari tient des verres à pieds entre ses doigts, ça me semble bizarre, j’ai l’impression qu’il y a une anomalie. Il me dirait : Tiens prends-ça, je ne sais même pas si je pourrais le prendre. La main c’est quelque chose qui m’est étranger. Je trouve qu’elle n’a pas de sens. Quand j’ai les mains prises et que ma main se trouve cachée par un plateau, ça m’est arrivé de penser qu’elle n’était pas à moi, de dire : Mais qu’est-ce que c’est que ça ? J’ai l’impression que ce qui est au bout de mon bras n’est pas à moi. Mon petit-fils avait sa main posée sur la mienne, eh bien je ne comprenais pas ce que cette petite main faisait là ».

« J’ai l’impression qu’il y a quelqu’un à côté de moi, j’ai l’impression d’être accompagnée quand je me déplace. Si ça existait, ce serait comme un fantôme quoi, ou comme un double… un double d’humain. Ça fait comme une vraie présence quoi, une présence euh… on pourrait même presque dire féminine… enfin c’est comme ça que je le ressens… presque moi dédoublée… je pense que ça ne peut être que moi. Je ne le dis pas parce que des fois c’est un peu loufoque. Ce n’est pas moi, ça me ressemble mais ça ne peut pas être moi, je ne pense pas ».

Enfant à quatre jambes et deux sexes féminins. Schenck Johann Georg, 1609.

« Mon mari me dit : Tu as encore mis ton gilet à l’envers ! Alors je l’enlève, je le remets à l’endroit. Sauf que si je regarde comme ça (retourne sa manche), ce ne sera pas le bon côté, donc je me dis : Ah ben non, cette manche n’est pas à l’endroit alors je la renlève. Au moment de mettre le pantalon, je ne me rends pas compte que je mets les deux… parce que le pantalon… comment dire… pour moi je ne vois qu’une jambe, je pense… la deuxième jambe n’existe pas pour moi… C’est comme si j’oubliais de… je sais qu’il y a deux jambes… c’est un peu compliqué… rien que d’en parler… Les chaussures, c’est pareil… je me dis : Là je suis sur le bon pied… j’ai l’impression que je devrais avoir quatre chaussures. Deux chaussures pour une paire, ça ne colle pas. J’en cherche quatre en fin de compte ».

« L’autre jour je me suis assise à côté de la chaise carrément ! Ma fille fait de la méditation. Elle me dit : Ancre-toi parce que là tu es au-dessus du sol ! Devant la télé, ça m’est arrivé de me demander où j’étais. Je ne reconnaissais pas euh… je savais que j’étais dans la pièce mais… je me demandais ce que je faisais dans ce sens. La télé ce serait plus… je verrais presque les acteurs sortir de l’écran… et moi de lever la tête pour continuer à les voir en fin de compte. C’est-à-dire que je regarde un film, et tout d’un coup ils disent dans le film : ‘Mais tu es drôlement grand !’ Alors lui il se déplace dans la télé et moi à ce moment-là, j’ai essayé de le suivre en dehors de la télé ! J’ai dit : Là Mireille t’es fracassée ! ».

IRM et TEP : atrophie et hypométabolisme pariéto-temporal prédominant à droite

Image : Enfant à quatre jambes et deux sexes féminins. Schenk Johann Georg. Monstrorum historia memorabilis, monstrosa humanorum partuum miracula. Edition : Francfort : M. Becker, 1609 ; http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?21275

Protéidolies hallucinosiques par abcès cervical

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 6 / 06 / 2019 / Imprimer cette page
Cydonia, le « visage de mars » pris par la sonde Viking 1 en 1976

Un homme de 58 ans est hospitalisé pour un abcès cervical C1-C2 révélé par des douleurs cervicales avec raideur et dysphagie, fièvre et frissons, hyperleucocytose 14500, CRP > 300. L’IRM met en évidence une collection prévertébrale C1-C2 droite et épidurale occipito-vertébrale droite avec un effet de masse sur la jonction bulbo-médullaire. Protéinorrachie à 1.1 g/l sans cellules. L’évolution est marquée par des hallucinations très riches parfaitement critiquées par le patient :

« Ça a commencé par des rayons lumineux de toutes les couleurs, des couleurs très vives, qui s’enroulaient les uns sur les autres comme dans un grand tourbillon. C’était vraiment de toute beauté ! Ensuite sont arrivées les fameuses visions. Imaginez-vous comme dans une galerie assez basse de plafond. C’est là qu’ont commencé à apparaître des formules mathématiques sur le mur, des lignes noires qui arrivaient à prendre presque… pas une forme humaine… mais qui pouvaient ressembler à un visage (prosopsies). Les choses se précisaient, des têtes commençaient à prendre forme, des volumes assez importants euh… J’avoue que le grand sphinx qui était drapé sur le coté, il était immense ! C’était extraordinaire ! »

« J’ai compris ce jour-là comment on pouvait créer des personnages qui n’existe pas aujourd’hui mais qui existeront dans le futur. Les images avaient tendance à vouloir fuir quand j’essayais de les regarder. Si je les regardais, elles se dissimulaient sur le côté. Donc je les regardais sur le côté pour les piéger, un petit peu comme quand vous observez les étoiles. J’étais tout à fait conscient que c’était des images de mon cerveau qui étaient envoyées mais c’était d’un tel réalisme que c’était surprenant. Il y a eu un moment donné où mon cerveau m’a bluffé. C’était d’une telle précision que j’avais envie de les… je me souviens d’avoir avancé ma main pour essayer d’attraper cette chose comme si c’était réel. C’était vraiment du 3D, c’était impressionnant ! »

« Mon cerveau imprimait sur ma rétine quelque chose qui était supérieur à la vision normale ! C’est là que j’ai commencé à m’intéresser… mon cerveau, j’ai bien compris, luttait de son côté pour essayer de comprendre. J’étais curieux, je voulais comprendre ce que ça représentait. J’étais conscient que c’était hallucinatoire mais par curiosité j’essayais de comprendre ce qui se passait. Je ne comprenais pas pourquoi mon cerveau m’envoyait ces images et pourquoi en même temps je ne pouvais pas les regarder, pourquoi il ne voulait pas me les montrer alors qu’il s’y intéressait. Ça c’était curieux. Je me disais : Est-ce que le même cerveau peut produire l’image et en même temps essayer de comprendre ce qui se passe ? »

Le neurologue qui a mangé son chapeau

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 5 / 06 / 2019 / Imprimer cette page
René Magritte. La trahison des images

Une femme de 62 ans présente depuis plusieurs mois un syndrome dépressif avec isolement social, dénutrition, incurie, culpabilité, agitation, menaces suicidaires avec passage à l’acte (tentative de pendaison). Troubles de mémoire depuis six mois avec oubli à mesure et désorientation spatiale. Références constantes à l’enterrement de son mari, de son père, de sa grand-mère. Le bilan met en évidence un déficit de la mémoire épisodique, une désorientation spatiale, une agnosie visuelle, une négligence spatiale gauche, des troubles visuo-constructifs et une apraxie gestuelle. Le profil des biomarqueurs dans le LCR confirme le diagnostic de maladie d’Alzheimer dont l’expression clinique est modifiée par la coexistence d’un trouble de l’identité et d’un syndrome dépressif avec virage maniaque sous traitement antidépresseur.

Le médecin : « Vous m’avez beaucoup parlé d’un enterrement hier. Il y a eu un enterrement dans votre famille ?

La patiente : — Euh… Il y avait un enterrement dans ma famille. Oui, la preuve parce qu’effectivement mon mari… enfin mon père est décédé il y a pas longtemps.

— Votre mari ou votre père ?

— Mon père. Mon père avant et mon mari maintenant.

— Il y a eu combien de temps entre les deux ?

— Je dirais trois mois : trois mois pour mon père et deux mois pour mon fils.

— Donc vous avez perdu votre père il n’y a pas longtemps ?

— Bien sûr puisque je vous le dis !

— Hier vous m’avez parlé de votre mari !

— Non non, mon mari c’est le fils de mon père si voulez.

— Mais c’est pas possible ça : ça ne peut pas être le fils de votre père !

— Ah ben non, c’est l’inverse !… le fils de mon père… n’importe quoi !

— Donc il s’agissait de l’enterrement de votre père ?

— Oui, de mon père et du grand-père de mon fils.

— Donc il n’est pas question de votre mari dans tout ça ?

— Non, bien sûr que non puisque je vous dis que c’est mon grand-père.

— Mais… votre mari, vous vivez avec lui ?

— Bien sûr que oui que je vis avec mon mari ! (pause) Je vivais avec lui. Je ne le vois plus : il est décédé il y a trois jours. On vient de fêter sa mort. C’est une chose qui m’aura marquée toute ma vie, l’anniversaire de l’enterrement de mon père.

— C’était quand ?

— En fin de compte, ce n’était pas hier. Hier on était mercredi donc aujourd’hui on doit être mardi. Il a été enterré mardi dernier et il est décédé jeudi donc ça fait quinze jours qu’il est décédé, ça faisait déjà très longtemps que je savais que mon mari décèderait plus tard. Il a embrassé tout le monde et puis il s’est excusé parce qu’il s’est pas rappelé que c’était la mort de mon défunt mari. Là j’ai trouvé que pour l’enterrement de mon garçon… par rapport aux autres enterrements que j’ai connus… Parce que j’en ai connus, allez, au moins deux ou trois par jour hein ! Au total ça s’est pas mal comploté, vu que la personne qui était enterrée, donc mon père, était de l’Indre alors que l’autre personne, l’autre enterrement qui suivait, qui était avant, était du Cher, donc il n’y avait personne parce qu’ils se sont dits que de toute façon, il y avait pas grand-monde donc c’était pas spécialement intéressant ».

Je lui propose de s’asseoir sur un fauteuil.

La patiente : « Sur cette personne ?

Le médecin : — Sur quelle personne ?

— Ben je ne sais pas, là il n’y a pas une personne ? Ou alors c’est un mannequin.

— Un mannequin ? Il faut lui demander.

— Vous croyez qu’il va me répondre ?

— Qu’est-ce que vous en pensez ?

— On peut toujours essayer (se tourne vers le fauteuil) Bonjour, êtes-vous un mannequin ?

— Et alors qu’est-ce qu’il dit ?

— Il a rien dit.

— En fait, vous ne trouvez pas que c’est un fauteuil là tout simplement ?

— Ah il lui ressemble incroyablement ! Mais on voit tout de même bien que ce n’est pas un fauteuil. Un fauteuil ce n’est pas fait tout à fait comme ça.

— Vous avez l’impression qu’il y a quelqu’un derrière vous quelque fois ?

— Ça peut m’arriver. J’ai tendance à faire comme ça (fait le geste de se retourner).

— Vous vous retournez ?

— Oui… et il y a personne.

— C’est ça hein ?

— C’est tout à fait ça. J’ai dit ça pour vous faire plaisir puisque c’est ce que vous ressentez aussi.

— Moi je ne ressens rien du tout ! Je vous pose des questions, c’est tout !

— Eh bien oui, mais comme vous trouvez que mes réponses sont correctes vu que vous sentez les mêmes…  ça pourrait être… c’est bizarre tout ça.

— Moi je sens les mêmes ?

— Oui, oui je sais. Vous dites que vous sentez les mêmes que moi pour me faire plaisir, pour suivre ce que je dis, parce que je voudrais vous dire ça pour vous embêter un peu parce que c’est ce que je dis mais ce n’est pas ce que je voulais dire ou ce que j’ai ressenti.

— Mais moi ce que j’ai besoin de savoir c’est uniquement ce que vous ressentez !

— Ah oui d’accord ! Vous jouez sur les mots !

— Alors est-ce que vous avez l’impression qu’il y a quelqu’un derrière vous de temps en temps ?

— Qui parlerait pour moi ? Eh bien ça ne me le faisait pas mais maintenant que vous me le dites, eh bien voilà que j’ai un doute.

— Donc vous n’avez pas l’impression qu’il y a quelqu’un derrière vous ?

— Non. A la rigueur je vous dirais qu’il y aurait que le facteur peut-être.

— On est combien là ?

— Si on compte dans l’imaginaire aussi, nous sommes trois personnes.

— Pas dans l’imaginaire, dans la réalité.

— Alors pour moi dans la réalité, nous sommes (compte trois personnes en se retournant)… je dirais trois.

— Mais vous voyez quoi derrière vous ?

— Derrière moi, je ne vois rien parce que j’ai un fauteuil.

— Pourquoi vous comptez des gens alors ?

— Ce ne sont pas des gens ! Les fauteuils ne sont pas des gens !

— Je vous demande de compter les personnes et vous en comptez trois en vous retournant.

— « Trois en me retournant » ? Ben peut-être que ça me grattait l’épaule, je ne sais pas.

— Je vous ai demandé de compter les personnes.

— Oui mais c’est ça qui est drôle dans votre rôle justement.

— Quoi donc ?

— D’arriver à faire dire des choses à des gens que vous n’avez pas demandées et qu’en fait on s’en fout peut-être aussi dans un sens.

— Mais qu’est-ce que j’ai demandé moi ?

— Ben je ne sais pas, vous pourriez demander : Qu’est-ce qu’on fait le mois prochain ?

— Pourquoi vous ne voulez pas compter les personnes ?

— Mais parce que la plupart du temps, c’est ce qu’ils essayent de faire les gens !

— Enfin vous n’avez pas de doute sur qui vous êtes ?

— Ah non ! Moi je suis Mme X…

— Madame comment ?!

— Madame Machin ou Madame Chose.

— Comment vous vous appelez ?

— Je vous dis : ça dépend des jours ».

IRM et TEP : atrophie et hypométabolisme diffus prédominant en temporo-pariétal droit.


Amnésie psychogène ou encéphalite limbique ?

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 5 / 06 / 2019 / Imprimer cette page

Une patiente de 41 ans est hospitalisée pour des crises épileptiformes et une amnésie rétrograde sur plus de 10 ans dite psychogène dans un contexte de divorce douloureux et de deuils répétés. Les crises alternent avec des épisodes paroxystiques ayant fait évoquer des crises d’angoisse : oppression thoracique, palpitation, gêne épigastrique, striction laryngée, paresthésies ascendante jusqu’au tronc et piloérection, troubles visuels avec impression de damiers, myodésopsies puis confusion. Son mari remarque un changement du caractère avec des périodes d’agressivité, hyperémotivité, fatigabilité, nombreuses crises d’angoisse.

Son mari : « Et puis plus le temps passe, plus les crises sont fréquentes et plus le comportement devient étrange. Six mois plus tard, je rentre dans la chambre d’hôpital et là je lui parais… inconnu… : Mais qui tu es pour moi ? Elle ne sait pas vraiment qui je suis. Elle prend son téléphone, elle appelle, elle ne sait même pas qui va décrocher au bout ! Ne prononçant pas mon prénom, ne sachant même pas qui elle appelle : Oui allo. Je suis où là ? Je suis dans une pièce avec des gens, on dirait des infirmières, qu’est-ce que je fais là ? Je lui explique. Ah bon d’accord. Deux minutes plus tard, elle me rappelle et me redemande exactement la même chose. J’ai compté six appels en trente minutes. Une fois passé le portail, elle ne savait plus qu’on était sorti de la maison. Elle se demandait où elle était. De la porte de la maison jusqu’au portail, il y a vingt mètres. Il s’était écoulé moins d’une minute ! Elle se retournait : Mais on est où là ? On venait de sortir ! »

« Elle était capable de vous dire : Vous voyez là comme on est là ? Ben je l’ai déjà vu. Je sais ce que tu vas faire. Alors je lui disais : Qu’est-ce que je vais faire ? Par exemple, je bougeais ma main droite. Ben regarde là tu vas bouger ta main droite. Elle disait : Alors là, là je sais ce qui va se passer, je vois ce qui va se passer. Quoi ? Une fois même, je lui ai dit : Marque le moi sur un papier : Qu’est-ce qui va se passer ? Elle ne marquait rien puisque pour elle ce qu’elle pensait voir dans le futur c’était ce qu’on était en train de vivre maintenant. Ça mettait tellement de temps à être analysé que pour elle, elle voyait en avance puisque ça arrivait trop tard entre guillemets. En fait, pour elle : j’anticipe ce que je suis en train de voir maintenant. Ce qu’elle pensait voir avant, c’est ce qu’elle voyait maintenant finalement ».

La patiente : « — Je me posais des questions sur qui j’étais. Est-ce que c’est vraiment moi qui ai vécu ça ? Je vois des photos. Je vois bien que c’est moi mais je me dis : Ce n’est pas possible que ce soit moi. Ce n’est pas moi qui ai vécu tout ça, ce n’est pas possible ! Quand on me parle de ça, je n’ai pas l’impression que c’est moi. Ça me fait l’effet qu’on me parle d’une autre personne. Je suis retournée voir la maison où j’habitais, il n’y a rien qui revient. Je n’ai aucun souvenir de mon travail, de la rencontre de mon actuel conjoint, ni de l’achat de sa maison. J’ai oublié la mort de mon grand-père. Je me suis mariée, j’ai divorcé parce qu’on me l’a dit. La nuit j’ai des flashs, j’ai des infos qui me reviennent. Je me réveille et je note des choses. Et quand le matin je demande à mon entourage, c’est exact. Une nuit, j’ai un numéro de téléphone qui m’est revenu. Je l’ai noté et ce numéro c’était celui de mon ex-mari ».

IRM encéphalique : doute sur une hypertrophie temporale interne droite. PL normale. Anticorps anti-LGi1 positifs dans le sang et dans le LCR. TDM TAP normal. Amélioration spectaculaire après une première cure d’IgIV, relai par cyclophosphamide et corticothérapie puis rituximab en raison d’une recrudescence de crises temporo-insulaires. Résolution de l’amnésie antérograde mais persistance d’une amnésie rétrograde sur tous les événements antérieurs à 5 ans.

Délires d’identités multiples chez un même sujet

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 5 / 06 / 2019 / Imprimer cette page

Un homme de 71 ans présente au cours d’un état confusionnel à la fois des hallucinations (s’adresse à des interlocuteurs invisibles), une sensation de présence (syndrome de l’ange gardien), illusion de sosie (syndrome de Capgras) ou confusion d’identité (syndrome de Fregoli) et un délire d’identité spéculaire. Les troubles sont inaugurés par une impression de « voir double » : « il voit deux personnes qui arrivent, ou deux sangliers à la chasse ». Revu six mois plus tard, il critique ses hallucinations :

Le patient : « Je revois les choses que personne ne voit. Devant la maison, je vois des espèces de gens qui s’installent, on dirait un clan. Tous les soirs ils dorment à peu près au même endroit. Ils sont peut-être une trentaine et ils n’arrêtent pas de travailler. Ils construisent un mur ici, le lendemain il n’y a plus rien. Ils construisent des choses, c’est impensable ! Ils prennent l’électricité sur des poteaux électriques. Ont-ils le droit ? Comment se fait-il que moi, mes voisins, personne ne se plaint ? Personne n’a vu du moins. Comment voulez-vous que je sois crédible ? Je maintiens… Je suis seul à voir ça. Alors je vais voir derrière bien sûr, je cherche, ils sont où…  et puis pfft, quand je suis vu, tout disparait. On me voit et hop ils se cachent. S’ils s’aperçoivent que je les ai vus, ils disparaissent, ils s’enterrent. Ça s’enterre comme ça… Ils ressortent, ça jaillit de n’importe où. Donc ils ont un équipement formidable pour faire ça.

Le médecin : — Ils font du bruit ?

— Non, ils sont très discrets… ces personnes…  ces personnages parce que… il n’y a pas d’âme, c’est en pierre. Pierre, caillou, fleur, je ne sais pas… il n’y a rien d’humain.

— Vous les connaissez ? Non absolument pas. J’ai demandé à mes voisins. Tout le monde se met à rire bien sûr. On ne voit pas… personne ne voit. C’est pour ça que je vous ai dit tout à l’heure : Je vois des choses que les autres ne voient pas.

— C’est vous qui avez raison ou c’est les autres qui ont raison ?

— Ben je ne peux pas savoir s’ils ont raison puisqu’il n’y a aucun dialogue. Je dis : Bonjour… Qui êtes-vous ?… D’où venez-vous ?… Qu’est-ce que vous voulez ? Je n’ai jamais eu de réponse.

L’épouse : — Il discute avec ces gens. Il voit souvent ses enfants dans la maison.

Le patient : — Eh bien je me croise souvent avec mon fils ainé : Oui Laurent, t’as bossé aujourd’hui, qu’est-ce que t’as fait ? Je lui parle et j’ai jamais de réponse.  Ça aussi c’est dur à avaler. Maintenant je sais d’où ça vient.

Le médecin : — Ça vient d’où ?

— Ben je pense qu’il répond mais c’est moi qui… Comme l’autre, je me dis : Quand même, t’es pas bavard !

L’épouse : — Non c’est elle, tu t’adressais à moi.

Le patient : — Ah bon ?

— Il s’adresse à moi tout en pensant que c’est son fils qui était là. L’autre jour il parlait à notre fils. Après il m’a dit : Qui m’a répondu ? Et c’était moi en fait.

— Je lui ai demandé à mon ami. Il m’a répondu : T’as qu’à mieux t’exprimer. Là il m’a choqué. J’ai rien dit. C’est un garçon de cinquante ans quand même !

Le médecin : — Qui a dit : T’as qu’à mieux t’exprimer ?

— C’est lui qui m’a répondu ça : T’as qu’à mieux t’exprimer ! Là j’ai pris une claque ! Parce qu’il y a du vrai quand même.

— Ils sont chez vous ?

— Ben ils sont chez nous dès qu’ils peuvent venir. Ils ne viennent pas chez nous mais ils sont là quand même. Je les vois, je leur parle, ils sont sur le canapé et ça dort. Alors j’appelle Annick, je lui dis : Annick vient voir : Ben oui je vois, c’est pas vrai, c’est pas du vrai tu me dis, ils sont partis. Encore hier soir, je dis : Laurent il est parti ? Oui oui. C’est ce que j’entends. Pour elle c’est rien du tout.

— Mais les enfants ils partent alors ?

— Oui…  Si on ne s’entend pas… si on ne peut pas avoir de discussion… s’ils parlent un langage et moi de l’autre… C’est ce que je me dis moi : Comment font-ils pour venir si souvent à la maison ? J’ai expliqué ça aussi, j’ai voulu l’expliquer. C’est pour ça qu’il me faut des témoins. Mais ils en ont parlé entre eux (désigne sa femme). Tu peux en parler toi aussi.

L’épouse : — Mais les enfants n’étant pas là… Ils ne sont pas là !

Le patient : — Ils sont pas là, ils sont pas là. C’est conclu, ça y est, alors évidemment !

Le médecin : — Alors il y a des témoins ou pas ?

— A part ma femme qui vit avec moi, il n’y a qu’elle pour témoin. Elle sait que le fils est parti. Elle sait rien du tout parce qu’elle l’a même pas vu arriver

Le médecin : — Est-ce que vous avez un sentiment de présence autour de vous ?

Le patient : — Ça oui, très longtemps je l’ai eu, en plein début…  Au tout début du centre.

— C’était comment ?

— Toc ! Vous avez quelque chose qui vous touche. Est-ce que c’est un doigt ? (touche son épouse) Est-ce vrai ? Oui ça tu me l’as fait remarquer ça aussi.

— C’est toujours derrière. Quoiqu’au début tu me disais que tu avais une présence à tes côtés.

— Tu me diras : On vit à deux alors… c’est facile … enfin on vit à deux mais… quand on est parti la maison est vide !

— Vous les sentez plutôt sur votre droite, sur votre gauche, devant, derrière ?

— Et pourquoi pas au centre ?

L’épouse : — La nuit, il voit des personnes sur les tables de nuit. L’autre jour, tu m’as dit qu’il y avait quelqu’un qui avait passé la nuit ici.

Le médecin : — Vous voyez quoi la nuit ?

Le patient : — La nuit ? Eh bien il y a un chat, je me suis rendu compte qu’il dormait pas loin de mon oreiller. Ça ça me rend fou !

L’épouse : — Il a l’impression d’une présence dans notre lit.

— Oui ça me revient… Un frère ça me le fait beaucoup. Quand il y a quelqu’un dans le lit, c’est lui, je le vois. Il y a peut-être eu d’autres personne. Mais aucune relation avec la jalousie hein… Vous pourriez assimiler ça avec euh… c’est une idée à moi ça… enfin à moi… à vous ! Quelqu’un à ma place pourrait penser : P… mais qu’est-ce que c’est que ce travail ? Quelqu’un couche dans mon lit ! Après je me suis vu méchant, prendre l’oreiller et le frapper. Elle ne le sait pas tout ça. Pourquoi raconter ça en fin de compte ? Des fois j’en ai marre de parler de tout ça… ça me fatigue, je suis en train de me creuser la tête pour trouver… chercher quoi ?

Le médecin : — Là vous vous rassurez en vous disant : Je me trompe

— Moi aussi. D’ailleurs je me demande pourquoi je me vouvoie.

— Est-ce que vous reconnaissez toujours bien votre femme ?

— Ah ! Encore un autre problème. Je te l’ai dit des fois : Qu’est-ce que tu faisais à tel endroit ? C’est pas moi, j’étais là. Je la voyais qui arrivait, qui se posait, t’étais là….

L’épouse :  — … sur un fauteuil, avant que j’arrive…

Le patient : — Juste avant que j’arrive…

Le médecin (à l’épouse) : — Est-ce qu’il vous parle à vous comme s’il vous dédoublait ?

L’épouse : — Oui il m’a pris pour sa mère.

Le patient : — Je lui ai dit : Maman elle est où ? Mais Maman elle est là. Après je lui dis : Non Maman, ma mère à moi !

Le médecin : — Votre propre identité peut poser problème par rapport au miroir ?

L’épouse : — Effectivement lorsqu’il était hospitalisé, il ne pouvait pas se regarder dans la glace. Il se voyait devant le miroir et il me disait : Il y a quelqu’un qui fait les mêmes gestes que moi.

Le patient : — Ça arrive ça. Quelqu’un que je n’ai pas reconnu, un monsieur qui passe pas bien loin : Pardon Monsieur on se connaît ? Ah je ne crois pas, qu’il me dit. Mais c’est pas du rêve ça !  Ça me l’a refait avec mon frère il n’y a pas longtemps mais j’ai compris qu’effectivement quand je levais la main, il levait la main, tout en même temps, c’était bien synchronisé quoi. Lui d’abord je ne sais pas ce qu’il est devenu.

L’épouse : — Il ne comprenait pas qu’il y avait une glace.

Le patient : — Ah bon parce qu’il y avait une glace ? »

IRM, TEP-scan, DAT-scan : lésions basifrontales bilatérales, hypométabolisme cortical associatif diffus à prédominance postérieure avec atteinte occipitale visuelle, dénervation dopaminergique présynaptique prédominant au niveau du putamen gauche.



Deutéroscopie : dédoublement de soi ou d’autrui ?

Publié par Docteur Foucaud Du Boisguéheneuc, 3 / 06 / 2019 / Imprimer cette page

Fillettes siamoises soudées par le ventre. Schenck Johann Georg, 1609.

Fillettes siamoises soudées par le ventre. Schenck Johann Georg, 1609.

Une patiente de 78 ans est vue pour des troubles de la mémoire depuis un an. Elle présente une apraxie constructive, des difficultés pour enfiler sa manche gauche, hésite pour reconnaitre les personnes. Son mari remarque des mouvements pendant le sommeil et la surprend à parler avec quelqu’un devant la télévision. L’examen retrouve un syndrome extra-pyramidal.

Son mari : « Souvent en voiture, elle voit une personne sur la route à la place d’un arbre ou d’une borne.

La patiente : — Des fois, quand je tourne la tête, j’ai l’impression qu’il y a quelqu’un.

— Elle dit qu’il y a quelqu’un mais il n’y a personne.

— Pourtant je vois quelqu’un derrière, comme si je voyais double.

Le médecin : — Vous l’avez identifiée ?

La patiente : — C’est la même personne que moi.

— Comment ça la même personne que vous ? A côté de vous ?

— Ça doit être quelqu’un apparenté de près puisque c’est la même personne. Elle ressemble peut-être à une de mes sœurs. »

Un patient de 71 ans est suivi pour un syndrome extra-pyramidal prédominant à droite associé à une hypophonie. Il décrit une sensation de dédoublement de lui-même ou de son épouse. L’interrogatoire révèle une apraxie de l’habillage, des troubles du langage, des troubles de l’attention, une instabilité posturale avec des chutes répétées, une sensibilité très importante aux psychotropes.

Son épouse : « Au lieu de me voir moi toute seule, tu avais toujours l’impression de voir deux personnes. Mon mari a exprimé à plusieurs reprises l’impression qu’il était… qu’il était lui et un autre en même temps.

Le patient : — Je ne la voyais pas comme ma femme mais comme deux personnes.

Le médecin : — Ça vous est arrivé d’avoir une sensation de présence ?

— C’est ça : comme j’étais absent, il fallait qu’elles soient deux. Elle n’est jamais seule. Elle est deux personnes en une. C’est toujours une à la fois mais c’est deux successivement. Quand je suis à moitié endormi et à moitié réveillé, que tu vaques dans la chambre ou que tu viens me réveiller, je suis capable de penser qu’il y a encore quelqu’un au salon tandis que toi tu es là. Quand je me réveille, pendant un instant, je suis aussi bien un autre, un membre de la famille. Je suis toujours moi, mais c’est peut-être le moi numéro un ou le moi numéro deux. »

IRM et TEP patiente 1: atrophie et hypofixation pariétale bilatérale prédominant à droite

IRM et TEP patiente 1: atrophie et hypofixation pariétale bilatérale prédominant à droite

La plupart des hallucinations sont associées à des perturbations de l’image du corps ayant pour effet un dédoublement de la perspective et l’objectivation des contenus mentaux. Certains patients sont capables de décrire avec une grande précision ce dédoublement que la plupart n’osent pas avouer de peur « qu’on les prenne pour des fous » ou parce qu’eux-mêmes ne le comprennent pas. Ces deux patients décrivent respectivement « un autre moi » ou l’équivalent d’une sœur jumelle. Brierre de Boismont cité par Lhermitte appelle deutéroscopie cette forme d’héautoscopie où le double est identifié comme un frère jumeau ou comme un membre de la famille. L’autoportrait réalisé par la première témoigne d’un dédoublement de l’image du corps, représenté comme deux jumelles siamoises unies par le ventre.

Autoportrait patiente 1

Autoportrait patiente n°1

  1. Figures 1 : Fillettes siamoises soudées par le ventre. Schenck Johann Georg. Monstrorum historia memorabilis, monstrosa humanorum partuum miracula. Edition : Francfort : M. Becker, 1609. Source : http://www.biusante.parisdescartes.fr/histmed/image?21273
  2. Lhermitte J. L’image de notre corps (1929). Paris, L’Harmattan, 1998
  3. Du Boisguéheneuc F. Interprétation phénoménologique des troubles neurologiques. De Boeck-Solal, 2013